21 décembre 1998

Comme tout boursier de l’archipel, j’ai ma collection d’histoires et de péripéties que je relate parfois avec la fierté d’un ancien combattant. N’ayant pas la maîtrise du verbe du plus illustre des anciens boursiers de l’archipel, je me garderai bien d’écrire des romans sur cette période de ma vie. Cependant, je devrais vous conter une petite mésaventure qui m’est arrivée vers 1990 dans la ville de Michel de Montaigne.

Boursier de l’archipel en métropole depuis 3 ans, c’est l’année de la Licence ès sciences à la fac de Bordeaux. J’étudie la biologie ; cette branche des sciences me plaît beaucoup. Les modalités de réussite sont assez complexes ; c’est pour cela que j’en simplifierai l’explication. Pour obtenir la Licence, il faut réussir 7 cours (UV) à la suite de 3 séries d’examens. Ce genre de palmarès étant assez rare, le jury accepte ceux qui en ont réussi 6 pour repasser le 7e à l’oral. Et voilà que je me retrouve en septembre 1990 avec 5 UV sur 7! Il me manquait ce 6e UV de physiologie animale pour accéder à l’oral de génétique et décrocher ma licence.

Quel malheur ! Trois ans de peine pour rien, devrais-je redoubler cette année, comme tant d’autres ? Comment expliquer cet échec à la famille, aux amis, voire aux autorités boursières ? N’étant pas de ceux qui se plaisent à ne rien savoir sur leurs performances aux examens, j’entrepris de savoir si j’avais raté ce 6e UV de près ou de loin.

Un matin de septembre, je me retrouve sur le campus verdoyant de Talence. Je prends mon courage à deux mains, je pénètre l’enceinte du bâtiment de physiologie de Bordeaux I. Est-il nécessaire de souligner, qu’en France, aller voir un professeur de fac est un événement d’une grande rareté car seuls les « fayots » se prêtent à cet exercice ! N’ayant plus rien à perdre, j’entre dans le bureau de monsieur S., homme impressionnant par sa connaissance et sa taille, qui me reçoit avec beaucoup de politesse. J’expose ma requête, pourrais-je voir ma copie et connaître ma note ?

Je devrais, veuillez m’en excuser, ouvrir une petite parenthèse pour ceux qui n’ont pas connu les joies des examens de fac en métropole. Vous êtes peut-être surpris, à la lecture du présent paragraphe, de constater que j’ignorais ma note. Comment pouvais-je savoir que j’avais raté mon examen ? Je dois donc vous expliquer la procédure d’annonce des résultats, elle est assez singulière. Elle se fait comme suit. Une fois les copies notées, une liste des heureux reçus est collée sur la vitrine d’un bâtiment. Il ne reste plus alors, aux élèves, de se rendre sur place pour apprendre, le nez contre le verre, leur sort en fonction de la présence ou de l’absence de leur nom sur ce beau papier à en-tête. L’absence est alors synonyme d’échec. Ah quel doigté…

Revenons dans le bureau de monsieur S. que nous avons laissé tout à l’heure. D’un geste précis, il retire alors ma copie de sa pile et me fait savoir que ma note était fort honorable, que j’avais traité les points principaux… Mais, alors, comment expliquer?

Le nom du coupable, que je n’écrirai pas ici, est depuis resté gravé dans ma mémoire. Ce prof avait tout simplement oublié – et oui ! – de reporter ma note sur le procès verbal. Ah ça ira, ça ira ! Ainsi, j’avais obtenu les informations nécessaires pour faire un recours au tribunal administratif, tel que me l’avait conseillé mon cher cousin germain. Mais, décidé de régler cette affaire au plus vite, j’entrepris alors de remonter toute la pyramide du pouvoir de l’Université, tel un saumon qui remonte la rivière ! Une fois arrivé dans le bureau du responsable le plus responsable des responsables… et la situation exposée, quelques coups de fils suffirent pour organiser deux examens oraux afin de me permettre de réussir la licence.

La morale de cette histoire ? S’il y en a une, chers boursiers et étudiants, c’est de toujours poser les bonnes questions aux bonnes personnes, et de ne jamais accepter un échec imprévu comme vrai. N’est-ce pas monsieur B…?